Test Far Cry 6 : Retour aux sources sans révolution

Far Cry revient pour un nouvel épisode et une envie affichée de renouer avec ce qui a fait le succès de la licence. Mais est-ce que tout cela suffit pour proposer une expérience vidéoludique convaincante sur la durée ? Réponse dans notre test.

On le ressentait déjà dans notre preview, Far Cry 6 avait pour ambition d’opérer un retour aux sources avec un méchant charismatique assuré par un acteur qui est habitué aux rôles d’homme froid et calculateur, un environnement tropical digne de Far Cry 3 et un monde immense à explorer. Seulement voilà, nous en sommes déjà au sixième opus et Far Cry ne semble pas avoir bougé d’un poil dans sa structure et son gameplay. D’un côté, ça fait du jeu une valeur sûre assez facilement, mais de l’autre on se retrouve avec une licence qui manque cruellement de révolution, ce qui est plutôt dommage quand on voit le thème central de cet opus.

Nous voilà donc sur Yara, île fictive des Caraïbes, que le président Anton Castillo a prévu de transformer en paradis à l’aide des vrais Yarans et en exploitant les parias, une partie de la population considérée comme non essentielle et qui va être envoyé dans les champs de tabac pour les traiter avec le Viviro, une substance chimique nocive, mais qui permet de transformer le tabac en médicament contre le cancer et permettre ainsi à Yara d’être sur le premier plan de la scène géo-politique mondiale.

La formule qui fonctionne bien

Après des errements scénaristiques douteux pour la licence, elle revient donc sur une base plus efficace. Si la structure globale du scénario est on ne peut plus Ubisoft avec un acte d’introduction, différents actes que l’on peut faire dans l’ordre de notre choix, puis un acte final, l’ensemble fonctionne plutôt bien grâce à quelques bonnes qualités. Le personnage que l’on incarne, Dani Rojas, est très attachante et c’est assez rare pour être souligné. Elle est aussi perdue que le joueur dans les situations absurdes, jure beaucoup et chante les morceaux qu’elle entend à la radio quand elle conduit. Ça aide énormément à se laisser embarquer dans l’intrigue, mais il faut aussi reconnaître qu’Ubisoft Toronto a bien travaillé ces personnages secondaires. Que ça soit El Tigre, Juan Cortez, Camila “La Espada” Montero ou le duo des Maximas Matanzas, on rencontre énormément de personnages géniaux malgré les quelques clichés et traits de caractère un peu lourds.

Difficile de ne pas citer Giancarlo Esposito, pour qui le rôle d’Anton Castillo a été créé sur mesure tant c’est exactement son registre. Mais au-delà de son rôle de grand méchant implacable et calculateur, c’est surtout sa relation avec Diego qui est intéressante et chaque cinématique qui réunit le père et le fils est instantanément captivante. Bref, le scénario de Far Cry 6 a beau être classique dans sa structure, il n’en reste pas moins efficace et le soin apporté à Dani et la pléthore de personnages secondaires marquants suffisent à nous maintenir intéressé du début à la fin. On vous conseille d’ailleurs de passer le jeu en espagnol pour profiter à fond de l’immersion, même si ça nous fait malheureusement perdre la voix d’Esposito.

On fait vraiment la révolution ?

Far Cry 6 a davantage un problème de ton que de scénario et c’est encore une fois la faute de cette directive absurde d’Ubisoft de ne pas vouloir faire de politique dans ses jeux. On avait eu le même problème avec Watch Dogs Legion et sa société moderne ultra-contrôlée et une île des Caraïbes en pleine révolution politique n’y échappera pas non plus. Surtout que Far Cry 6 prend le temps de traiter différentes formes de révolution à travers les différentes actes scénaristiques de la résistance à l’héritage de la révolution en passant par la lutte culturelle et idéologique avec par exemple l’opposition intéressante entre “vrais Yarans” et “Parias”. Mais le jeu ne prend jamais le temps de donner de l’importance et assez de profondeur à tout ça, pour qu’on se sente vraiment investi dans cette révolution et ses enjeux (forcément politiques) qui sont réduits à une simple étape supplémentaire vers la fin du jeu.

Sacré technique

S’il y a bien quelque chose qu’on ne peut pas reprocher à Far Cry 6, c’est son aspect technique. Alors qu’on avait quelques doutes en voyant les trailers du jeu ces derniers mois, tout a été balayé en un instant une fois le jeu en main. L’île de Yara est sublime, variée dans ses environnements, bourrée de grottes et d’endroits cachés magnifiques et de petits villages typiques. Les effets de lumière une fois dans la jungle est superbe et c’est un plaisir d’explorer Yara. On a tout de même rencontré quelques bugs de collision, mais rien de monumental comme ça avait été le cas à la sortie d’Assassin’s Creed Valhalla. On notera également le travail monstrueux fait sur l’accessibilité qui s’offre même une synthèse vocale dans les menus en plus de tout ce qu’on a désormais l’habitude de voir et c’est un point sur lequel il faut saluer Ubisoft Toronto.


Le tiraillement de la répétitivité

Pour ce qui est du gameplay, le jugement devient plus complexe. On retrouve tous les éléments qui ont fait le succès de Far Cry de la collecte de matériaux aux coffres d’armes en passant par des événements spontanés ou de la chasse un peu partout sur l’immense map du jeu. Il y aussi quelques nouveautés comme les courses ou les combats de poulet mais surtout le Supremo, une arme dévastatrice avec un cooldown que l’on pourrait qualifier d’attaque ultime. Le système de loot d’armes et de crafting a lui aussi été légèrement revu pour être moins intrusif et c’est appréciable. Envoyer ses bandidos en mission seuls pour récupérer des ressources est aussi un petit plus sympathique (une fois qu’on a développé un peu ses bases), mais en soit Far Cry 6 ne sera pas la grande révolution du gameplay pour la licence.


Pour ceux qui jouent à Far Cry depuis le 3ème opus, la limite de l’overdose de ce gameplay dans un open world extrêmement riche et une aventure relativement longue est presque atteinte. Pour ceux qui découvrent Far Cry pour la première fois avec cet opus, vous avez la formule la mieux optimisée de toute la licence, grâce aux modifications apportées après chaque opus, faisant de Far Cry 6 le jeu le plus intéressant depuis l’intouchable Far Cry 3. En soit, le gameplay est solide mais classique avec des mécaniques simples et peu intrusives, ainsi qu’un feeling avec les armes excellent, même si au final on a fait presque toute l’aventure avec des armes chopées en début de jeu.


Le Supremo est un ajout rigolo, mais finalement peu utile quand on aime jouer l’infiltration, tout comme l’utilisation des amigos, des animaux qui nous accompagnent et qui peuvent combattre avec nous. Même le mode coopération qui peut être activé n’importe quand n’apporte rien de vraiment neuf pour les vétérans de la licence. On se retrouve donc dans une situation complexe où les mécaniques de jeu sont solides et vont ravir les nouveaux joueurs, mais le manque de nouveautés peut fatiguer très rapidement un vétéran de licence, étouffé par la répétitivité du titre.

Notre avis

Si le ton global du scénario est décevant et la structure scénaristique très Ubisoft, l’écriture des personnages est tellement bien qu’elle suffit à capter notre attention, que ça soit avec Dani Rojas, les Castillo père et fils ou les nombreux persos secondaires mémorables qui rejoignent la révolution. Yara est superbe visuellement et se balader dans la jungle, les marais, les champs de tabac ou les petites villes typiques des Caraïbes est un vrai plaisir. C’est surtout sur le gameplay que tout va se jouer. Très satisfaisant pour quelqu’un qui n’a jamais joué à un Far Cry avant, il manque cruellement de révolution pour un vieux de la vieille et Ubisoft va vraiment devoir innover drastiquement à ce niveau là pour Far Cry 7 s’ils ne veulent pas se retrouver dans une situation de rejet de la part des anciens.

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