Thomas Lilti : « Je ne pouvais plus me cacher derrière la fiction »

Le cinéaste publie « le Serment »*, où il raconte comment il est redevenu médecin le temps d’un confinement. Conversation avec un homme intelligent, sensible et attachant.

Quel regard portez-vous sur l’état actuel de la crise sanitaire ?

Thomas Lilti – Je me garderai bien de porter un jugement hâtif car, d’un point de vue technique, je ne suis pas plus calé que n’importe quel citoyen informé. Je peux juste dire que si j’ai la possibilité de me faire vacciner, je le ferai, mais je comprends la méfiance de certains quand on leur a expliqué qu’il fallait entre cinq et dix ans pour mettre au point un vaccin. En revanche, ce que la crise a révélé très nettement, c’est l’état déplorable de l’hôpital public, le manque de personnel et la souffrance des soignants.

Qu’est-ce qui vous a incité à renfiler la blouse de médecin ?

Thomas Lilti – Lorsque le premier confinement a brutalement interrompu le tournage de la saison 2 de ma série Hippocrate, il m’a semblé évident d’aller prêter main-forte au personnel médical de l’hôpital Robert-Ballanger, à Aulnay-sous-Bois, dans lequel nous tournions. Je l’ai fait pour moi, pour les soignants dont je parle sans cesse dans mes films, mais aussi au nom de mes équipes techniques et artistiques qui se sentaient impuissantes de ne pouvoir aider cet hôpital. J’étais terrorisé, car je n’avais pas pratiqué depuis huit ans. Mais étant identifié comme « cinéaste de la médecine », je ne pouvais pas rester sourd aux appels à l’aide. Et même si ce retour à l’hôpital en tant que médecin volontaire bénévole m’a rappelé pourquoi je l’avais quitté, j’ai été saisi d’une forte émotion.

Le Serment était-il le meilleur outil pour traduire ce sentiment ?

Thomas Lilti – Ecrire un livre, bâti comme outil de travail, est un exercice pour lequel je ne me sentais avoir ni les compétences ni le courage. Mais cette émotion qui me renvoyait à mon parcours personnel était si intime que, pour la retracer, je ne pouvais plus me cacher derrière la fiction et des personnages comme ceux qu’incarnaient, hier, Vincent Lacoste dans Hippocrate ou François Cluzet dans Médecin de campagne. J’ai donc enregistré des réflexions sur un dictaphone et, en remettant mes idées en ordre, cela a pris la forme d’une confession.

La crise sanitaire a-t-elle influencé la deuxième saison d’Hippocrate ?

Thomas Lilti – Elle a pu avoir de légères répercussions sur le scénario, mais cette crise a surtout révélé la difficile réalité de l’hôpital que nous abordons depuis le début. Et elle a renforcé le sentiment de responsabilité que nous avons vis-à-vis des personnes dont nous racontons l’histoire.

Quel lien avez-vous tissé avec tous les acteurs de la série ?

Thomas Lilti – Je suis autant attaché aux acteurs, Louise Bourgoin, Alice Belaïdi, Karim Leklou… qu’aux personnages qu’ils interprètent. Pendant ces cent vingt-sept jours de tournage, je les ai épuisés, agacés parfois, mais ils me respectent, car ils comprennent mon exigence. Et puis, avec les auteurs, les producteurs, les techniciens, les monteurs, les distributeurs, nous formons autant de petites familles. J’ai connu cela sur les tournages de mes longs-métrages, mais la durée de la série permet de nouer des liens très puissants qui se rapprochent, d’ailleurs, de ceux qui se créent dans une équipe hospitalière.

Aujourd’hui, vous définissez-vous comme médecin ou cinéaste ?

Vidéo: FEMME ACTUELLE: INTERVIEW: Xavier de Moulins: “Pour un père, dire je t’aime à ses enfants reste très compliqué” (Femme Actuelle)

  • FEMME ACTUELLE – Larry King, figure incontournable de la télévision américaine, est décédé

    Femme Actuelle

  • FEMME ACTUELLE – Mort de Rémy Julienne : l’hommage bouleversant de Jean-Paul Belmondo

    Femme Actuelle

  • FEMME ACTUELLE – Christophe Dechavanne fête ses 63 ans : les photos craquantes de sa petite-fille

    Femme Actuelle

  • FEMME ACTUELLE – Mort de Nathalie Delon : Brigitte Bardot sort du silence avec un message déroutant

    Femme Actuelle

  • FEMME ACTUELLE – Amel Bent : l’étape de sa carrière de chanteuse qui a ému aux larmes ses filles

    Femme Actuelle

  • FEMME ACTUELLE – Camélia Jordana : elle tacle violemment Catherine Deneuve et Brigitte Bardot

    Femme Actuelle

  • FEMME ACTUELLE – Régine prépare sa succession : elle a vendu ses souvenirs aux enchères

    Femme Actuelle

  • FEMME ACTUELLE – Cyril Lignac : ses confidences touchantes sur sa maman décédée

    Femme Actuelle

  • FEMME ACTUELLE – Valérie Benaïm, en colère contre Cyril Hanouna ? Ils se confient dans "TPMP"

    Femme Actuelle

  • FEMME ACTUELLE – Omar Sy cartonne dans "Lupin" : Netflix va-t-elle proposer une saison 2 ?

    Femme Actuelle

  • FEMME ACTUELLE – Léonie Simaga ("Meurtres à Albi") : "la question du métissage me touche de près"

    Femme Actuelle

  • FEMME ACTUELLE – Marianne James trop cash ? Elle révèle avoir été “grondée” par M6 à ses débuts

    Femme Actuelle

  • FEMME ACTUELLE – Films Disney jugés racistes : Isabelle Mergault et Wendy Bouchard s'insurgent sur Twitter

    Femme Actuelle

  • FEMME ACTUELLE – Brigitte Macron dans “Le Grand Concours des Animateurs” : les internautes déçus par sa prestation

    Femme Actuelle

  • FEMME ACTUELLE – Flavie Flament publie une photo de l'époque où elle a été "violée par David Hamilton" sur Instagram

    Femme Actuelle

  • FEMME ACTUELLE – “Tu aimeras maman pour toujours” : Anne-Elisabeth Lemoine fait de rares confidences sur ses enfants

    Femme Actuelle


  • FEMME ACTUELLE – Larry King, figure incontournable de la télévision américaine, est décédé
    FEMME ACTUELLE – Larry King, figure incontournable de la télévision américaine, est décédé


    Femme Actuelle


  • FEMME ACTUELLE – Mort de Rémy Julienne : l’hommage bouleversant de Jean-Paul Belmondo
    FEMME ACTUELLE – Mort de Rémy Julienne : l’hommage bouleversant de Jean-Paul Belmondo


    Femme Actuelle


  • FEMME ACTUELLE – Christophe Dechavanne fête ses 63 ans : les photos craquantes de sa petite-fille
    FEMME ACTUELLE – Christophe Dechavanne fête ses 63 ans : les photos craquantes de sa petite-fille


    Femme Actuelle

VIDÉO SUIVANTE

Thomas Lilti – Médecin est le seul métier que j’ai appris, mais j’ai tout de suite su que je ne faisais pas partie de la bande. C’est un combat pour détecter l’endroit où l’on trouve son équilibre et sa plénitude. Il y a une ambivalence chez moi, car je ne me sens pas médecin chez les médecins et je ne me sens pas cinéaste chez les cinéastes. Il n’empêche que, sur un plateau, je me suis toujours senti à ma place et ce livre m’a permis de régler un peu mon problème de légitimité, en acceptant notamment d’être un réalisateur qui réalise essentiellement des films sur la médecine.

« Ce livre m’a permis de régler un peu mon problème de légitimité. »

Qu’est-ce qui vous fascine tant dans le serment d’Hippocrate ?

Thomas Lilti – Une phrase m’interpelle dans ce serment : « Quoi que je voie ou entende, je tairai ce qui n’a pas besoin d’être divulgué ». Je me demande qui protège réellement le secret médical ? Ne serait-ce pas davantage les médecins que les patients ? Le culte du secret est une notion que j’ai ressentie fortement dans l’exercice de la médecine et qui peut vite basculer dans le mensonge collectif.

Quel usage faites-vous du mensonge dans la vie ?

Thomas Lilti – Je l’utilise de moins en moins, mais je m’en suis beaucoup servi, jeune, pour m’acheter de la liberté. Je pouvais dire à mes parents que j’allais travailler quand je rejoignais des copains au cinéma ou, plus tard, à une femme que je rentrais tard pour aller en voir une autre. J’ai toujours eu en moi la fibre de la dissimulation. Alors, quand j’ai réalisé que dans l’exercice de la médecine, cela pouvait être un atout, ça m’a perturbé.

Dans votre livre, il est souvent question de reconnaissance. Est-ce une quête perpétuelle chez vous ?

Thomas Lilti – La reconnaissance paternelle m’a en effet toujours manqué. J’ai grandi avec le sentiment d’être sans cesse dévalorisé par ce père médecin dont je ne me sentais pas à la hauteur. J’avais l’impression de ne jamais être assez beau, cultivé ou intelligent. Ce n’est pas un hasard si je suis le seul des trois garçons à avoir voulu suivre sa voie. Mon frère aîné et mon cadet, n’ayant pas ce besoin de reconnaissance, se sont orientés vers d’autres domaines professionnels.

Est-ce difficile de se défaire du regard que portent nos parents sur nous ?

Thomas Lilti – Heureusement, on évolue au fil des rencontres, de la réussite professionnelle, des enfants. J’entretiens de bonnes relations avec mon père mais, c’est vrai, j’ai encore quelques comptes à régler avec lui. Il n’y a qu’à regarder mes films pour comprendre que cette question m’occupe toujours l’esprit.

Votre position de chef de famille vous plaît-elle ?

Thomas Lilti – Oui… même si je lutte en permanence pour ne pas reproduire le schéma paternel. J’ai compris combien la famille pouvait être un lieu d’exercice du pouvoir, masculin notamment, et j’aimerais éviter cela comme beau-père avec les trois enfants de ma compagne. Même si j’ai conscience que je suis doté d’une certaine autorité et que, en tant que médecin ou réalisateur, j’aime me mettre dans des positions qui me donnent une certaine forme de pouvoir.

Avez-vous aimé être dirigé par d’autres cinéastes comme simple acteur ?

Thomas Lilti – J’ai effectivement joué des petits rôles dans Temps de chien !, un téléfilm pour Arte réalisé par mon ami Edouard Deluc, et dans J’irai où tu iras, de Géraldine Nakache. C’est difficile de ne pas aimer être acteur, car on est chouchouté : c’est confortable et nourrissant pour l’ego. Mais c’était surtout instructif, pour le réalisateur que je suis, de voir ce que ça produit d’avoir tous les yeux d’une équipe posés sur soi. C’est violent de se mettre personnellement en jeu dès lors que quelqu’un dit « action ». On peut comparer cela à la performance d’un sportif de haut niveau.

Quels sont vos projets ?

Thomas Lilti – Après le montage de la saison 2 d’Hippocrate, dont la diffusion sur Canal+ est prévue en mars, nous nous attellerons à l’écriture et à la préparation d’une troisième saison. Elle sera sans doute pensée différemment des précédentes. Je ne serai plus sur tous les fronts car j’ai aussi en tête deux idées de films qui ne porteront pas directement sur la médecine, mais montreront des gens au travail. Autant de projets qui m’animent car ce que j’aime avant tout dans mon métier, c’est de fabriquer.

*Grasset

>A découvrir également : Emma de Caunes : « Je me sens à ma place derrière la caméra »

Source: Lire L’Article Complet