Une députée propose des Cléopâtre pour « visibiliser les femmes » du cinéma

  • Mercredi dernier, sur les cinq noms en lice pour recevoir le prix de la meilleure réalisation aux César, tous étaient des hommes.
  • Face à ce constat, la députée Marie-Charlotte Garin, a lancé l’idée d’arrêter les César pour créer un prix Cléopâtre et récompenser exclusivement des femmes.
  • L’élue EELV explique à 20 Minutes qu’elle ne s’attendait pas à un tel engouement mais qu’il était nécessaire de souligner « ce biais » alors que « beaucoup de films de grands talents ont été réalisés par des femmes ces derniers mois ».

« Je propose qu’on arrête les César et qu’on monte les Cléopâtre. » À l’origine, c’était un simple « trait d’humour » en moins de 70 caractères sur Twitter après la révélation des nominations de la meilleure réalisation. La députée EELV de Lyon, Marie-Charlotte Garin, autrice du tweet, ne s’attendait pas à l’engouement que sa proposition a généré. Le magazine féministe Causette va effectivement créer un prix Cléopâtre pour récompenser les meilleures réalisatrices. L’élue est revenue avec 20 Minutes sur son idée qui va en réalité plus loin que la volonté d’un « buzz ».

Pourquoi avoir publié ces mots mercredi dernier ?

C’est venu sur le ton de la blague en découvrant la sélection exclusivement masculine pour la meilleure réalisation aux César. C’était assez surprenant alors qu’on a eu beaucoup de films de grand talent qui ont été faits dans les mois passés par des femmes. Proposer un prix Cléopâtre, c’était pour dénoncer cette réalité avec un trait d’humour.

La blague s’est concrétisée avec la création du prix par « Causette », qu’en pensez-vous ?

Je ne m’attendais pas à un tel engouement. Mais je pense que ça dit quelque chose de notre temps. Aujourd’hui, cette question de l’invisibilisation des femmes, ça fait réagir. Il y a quelque temps, ça n’aurait peut-être pas fait autant de buzz et personne n’en aurait entendu parler ou n’aurait relevé le problème. S’il y a eu une telle réaction, c’est parce que les choses avancent. Des initiatives existent déjà en ce sens, comme le prix Alice Guy. Et je suis contente si un trait d’humour permet de visibiliser quelque chose qui passe souvent inaperçu. L’objectif c’est que l’industrie du cinéma progresse dans ce sens et qu’elle prenne conscience qu’il peut y avoir des biais avec une sélection exclusivement masculine.

C’est-à-dire ?

Des sélections exclusivement masculines, ça conduit forcément à l’obtention du prix par un homme. C’est un biais culturel qui en fait quelque chose de très courant à travers l’Histoire. Et de manière générale, ce sont les hommes qui ont été le plus mis en avant alors qu’il n’y a rien qui nous dit et qui nous prouve qu’il n’y avait pas de femmes excellentes en face. Au contraire, les travaux nous montrent qu’à cause de leur position et considération dans la société, elles n’étaient reconnues.

Est-ce que des prix genrés sont la solution à ce biais ?

L’idéal serait d’avoir des prix mixtes où les femmes seraient sélectionnées à égalité avec les hommes, sans que ça ne préjuge le résultat du prix. Là, c’est le grand problème. Le prix sera forcément attribué à un homme alors qu’il y avait des films excellents réalisés par des femmes, qui ne pourront pas être récompensés.

Que faut-il faire ?

C’est important de visibiliser les femmes. Aujourd’hui, on a commencé ce travail culturellement. Il y a de plus en plus de femmes qui sont représentées. Mais dans certains domaines, ça demande plus de temps. Il ne faut pas oublier que ces représentations ont des réels enjeux, pour les petites filles par exemple. Elles peuvent se dire : « Moi aussi j’aimerais bien être réalisatrice de cinéma plus tard ». Cette réflexion n’est possible que si elles ont des modèles et si elles voient des noms dans une cérémonie telle que les César. Mon trait d’humour, c’était aussi une manière de faire un petit rappel là-dessus.

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