Violences gynécologiques : comment les reconnaître ?

Gestes déplacés, propos culpabilisants… Les violences gynécologiques sont multiples. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Comment les reconnaître ? Eclairage d’Estelle Dossin, psychologue clinicienne et psychanalyste.

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Elles peuvent prendre différentes formes et avoir de multiples conséquences sur celles qui les subissent : les violences gynécologiques rassemblent les gestes déplacés, les propos sexistes, les humiliations ou encore les jugements faits par un professionnel de santé lors d’une consultation de gynécologie. « Les violences gynécologiques et obstétricales sont les actes sexistes les plus graves qui peuvent se produire dans le cadre du suivi gynécologique et obstétrical des femmes », note par ailleurs le Haut Conseil à l’Egalité (HCE).

Violences gynécologiques : de quoi s’agit-il ?

De quelle façon se manifestent les violences gynécologiques ? Elles peuvent être verbales ou psychologiques. « Verbales quand le praticien manque de tact, fait des mauvaises réflexions ou des mauvaises blagues, et psychologiques quand le praticien fait preuve d’un grand manque d’empathie », explique Estelle Dossin, psychologue clinicienne et psychanalyste. Les propos porteurs de jugements sur la sexualité, la tenue, le poids, la volonté ou non d’avoir un enfant, en font donc partie, comme l’indique le HCE.

Le déni de traitement est également une violence gynécologique. « C’est quand le praticien infère sur la vie de ses patientes et refuse une pratique ou certaines situations qui concernent la patiente ne rentrent pas dans les valeurs du praticien », indique Estelle Dossin. La psychologue cite un exemple : un professionnel de santé qui pense « qu’une femme qui vient de divorcer n’aura plus besoin de porter un stérilet parce qu’elle ne va certainement pas se remarier ».

Les violences gynécologiques sont également physiques. Mais « quand il s’agit d’une pratique gynécologique physique qui se fait sans le consentement de la patiente, on n’est plus dans le cadre d’une violence gynécologique, on est bien dans le cadre d’une violence sexuelle », précise Estelle Dossin.

Repérer les violences gynécologiques

« La consultation en gynécologie ou en obstétrique n’est pas une consultation comme les autres puisqu’elle touche à l’intimité des patientes ». C’est ce que l’on peut lire dans la Charte de la consultation en gynécologie ou en obstétrique publiée par le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) en octobre dernier. C’est la raison pour laquelle la non prise en compte de la gêne de la patiente liée au caractère intime de la consultation fait aussi partie des actes sexistes relatifs au suivi gynécologique et obstétrical recensés par le HCE.

« La raison pour laquelle on parle de violence gynécologique alors qu’il peut très bien se produire des violences identiques chez d’autres types de médecine, c’est parce que précisément, le gynécologue n’est pas n’importe quel médecin. Le gynécologue est le médecin de l’intimité », ajoute Estelle Dossin. Ainsi, « si lors de l’examen vous vous sentez humiliée, vous êtes mal à l’aise, c’est déjà un très mauvais signe », explique la psychologue. Une fois sortie du cabinet médical, « si vous vous sentez honteuse, coupable parfois en colère, voire sale, c’est qu’il y a aussi quelque chose qui s’est très mal passé », ajoute-t-elle.

Des conséquences sur le suivi médical des patientes

Les conséquences des violences gynécologiques sont nombreuses. Elles sont non seulement psychologiques, mais peuvent aussi avoir un impact sur le suivi gynécologique et donc la santé des femmes. « Ça peut aller jusqu’au fait de ne pas vouloir retourner voir le médecin. Et le pire des cas, c’est de préférer ne pas se soigner », souligne Estelle Dossin.

C’est ce qu’a vécu Adeline, qui a subi des violences gynécologiques et qui a témoigné sur Femme Actuelle. Suivie pour de l’endométriose, elle a interrompu son parcours gynécologique. « Je préférais continuer à souffrir », expliquait-elle. Depuis, elle a trouvé un professionnel de santé bienveillant pour prendre en charge son suivi gynécologique. Estelle Dossin souligne d’ailleurs l’importance de poursuivre ce suivi et de ne pas laisser « un homme ou une femme qui pratique la gynécologie faire de l’ombre à l’ensemble de la profession. N’oubliez pas que le gynécologue est là pour vous. Pour vous conseiller, pour vous aider et pour vous soigner ».

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