Workaholisme : souffrez-vous d’addiction au travail ?

Culte de la performance, besoin de reconnaissance, perte de la notion du temps, repli sur soi, troubles de l’humeur, burn-out… Et si vous souffriez de workaholisme, d’addiction au travail ? On fait le point sur cette dépendance avec Alexis Peschard, addictologue.

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Le télétravail, auquel les entreprises ont de plus en plus recourt, serait associé à un risque élevé d’aggravation des addictions, comme le révèle l’étude “Impact du télétravail sur les pratiques addictives des Français en entreprise” réalisée par ODOXA pour GAE Conseil. Parmi les addictions pointées du doigt, on retrouve l’addiction aux écrans et le workaholisme (autrement dit l’addiction au travail), qui sont bien souvent liées.

L’hyperconnexion, un symptôme fréquent de l’addiction au travail

L’hyperconnexion, qui désigne l’addiction aux écrans n’est pas reconnue aujourd’hui par l’Organisation Mondiale de la Santé comme une addiction en tant que, on a pour le moment moins de recul sur ce type de pratique addictive, bien que ses méfaits soient connus.

On considère l’hyperconnexion comme une addiction à partir du moment où on a besoin de consommer (des écrans) pour ne pas se sentir en manque, que l’on a besoin d’être connecté en continu (avoir notamment de la batterie, du réseau téléphonique et une connexion internet qui fonctionne…).

On peut aussi bien être hyperconnecté pour ses loisirs, pour se détendre (quand on regarde la télévision, que l’on se balade sur les réseaux sociaux ou encore que l’on joue sur son smartphone ou sa tablette), que pour son travail, dans lequel on s’investit et pour lequel de nombreux outils (surtout en télétravail) sont mis en place pour mener à bien les missions qui nous sont confiées.

Le problème, c’est que dans notre culture, l’hyperconnexion au travail est bien vue. Être hyperconnecté est généralement vu comme quelque chose de normal, voire de rassurant, dans le milieu professionnel : votre boss vous appelle, vous devez répondre dans la seconde qui suit, sinon il pourrait croire que vous n’êtes pas assez investie. Votre collègue vous envoie un mail ou un texto pour une info sur un dossier en cours ? De la même manière, une réponse rapide est attendue…

Certains milieux professionnels encouragent donc l’hyperconnexion, qui va être associée dans de nombreux cas à l’addiction au travail.

Symptômes du workaholisme : comment savoir si vous souffrez d’addiction au travail ?

Le wokhalisme (contraction en anglais de “travail” et “alcoolisme”), désigne “un investissement excessif d’un sujet dans son travail et une négligence de sa vie extra professionnelle”.

Comme tout comportement de dépendance, le workaholisme peut engendrer une souffrance très importante, aussi bien pour la personne que pour son entourage (entourage personnel et professionnel). Ce type d’addiction va nuire et détériorer les liens sociaux de la personne, va la conduire à se replier sur elle-même (elle va travailler tard, parfois non-stop, le week-end, pendant les vacances…).

Au-delà du repli social et des conséquences sur le mental, l’addiction au travail peut entraîner des conséquences physiques comme des troubles musculosquelettiques (TMS) à force d’être dans une position assise prolongée par exemple.

Une addiction au travail peut se révéler de différentes manières, et contrairement à l’alcool, où l’on a pu définir les limites à ne pas dépasser pour une consommation raisonnable, il n’y a pas de données chiffrées qui permettent d’identifier ou non une addiction au travail.

On peut cependant observer dans la majorité des cas, des signes comme :

  • Le fait de consulter en continu, du soir au matin, pendant les vacances sa boîte mail, pour être sûr qu’on ne loupe rien, d’être dans quelque chose de compulsif, et éprouver une sensation de manque lorsqu’on ne peut pas se connecter
  • Des pertes de repères, de notion du temps : vous êtes comme absorbé par votre travail, et vous en oublier de vous nourrir, de vous rendre à un dîner prévu avec votre famille…
  • Un manque de productivité : contrairement à ce que l’on peut penser, les personnes addictes au travail pensent être hyper réactives, mais ne le sont pas généralement (elles reçoivent un mail, qui leur procure un pic d’adrénaline, arrêtent ce qu’elles sont en train de faire, et leur concentration est perturbée…)
  • Le sentiment de se penser indispensable au travail, d’être plus efficace que quiconque, et la volonté de le prouver sans cesse
  • Le culte de la performance omniprésent dans votre façon de travailler, avec un besoin de reconnaissance
  • Le fait de voir le travail comme une occupation en soi (parce qu’on a des problèmes à côté auxquels on veut échapper et ne pas y penser, ou que l’on s’ennuie et on comble ce vide par du travail…)
  • Le sommeil est perturbé, comme l’hygiène de vie générale (on ne se nourrit plus correctement, voire on saute des repas…)
  • Le lien avec les proches se coupe peu à peu, on a toujours une bonne excuse pour ne pas les voir (un dossier à rendre au plus vite, une charge de travail importante cette semaine, puis le mois d’après…)
  • Le sentiment qu’il n’y a plus que ça qui compte ou presque : le travail a pris une place plus importante que tout le reste dans votre vie
  • Le travail n’est plus que votre seule source de satisfaction, vous l’idéalisez et augmentez toujours un peu “la dose” (de travail) pour vous sentir “vivant”, “stimulé”
  • La prise de produits stimulants, dopants, pour palier à une fatigue chronique qui s’installe et vous freine dans votre entrain

Ce type de comportements addictifs pourra entraîner une perte de sens, des troubles de l’humeur, un épuisement professionnel (burn-out), une dépression…

Addiction au travail, hyperconnexion : comment en sortir ?

La première étape pour sortir d’une addiction au travail est la prise de conscience. On est bien souvent dans le déni, comme la société encourage ce type d’addiction sans le vouloir…

S’imposer un cadre professionnel va ensuite être nécessaire pour se “sevrer” (définir une heure de début et de fin pour chaque journée, prévoir dans son agenda des pauses, indispensables pour la concentration, rythmer sa journée en définissant des objectifs précis et des limites). Introduire ensuite dans son quotidien d’autres centres d’intérêt (loin des écrans !) ne pourra qu’aider : se remettre à cuisiner, pratiquer une activité physique qui nous plaît, s’initier à la méditation de pleine conscience…

Un accompagnement thérapeutique peut être nécessaire, et les thérapies cognitives et comportementales (TCC) peuvent être indiquées dans ce type de dépendance, pour apprendre de nouvelles stratégies (pour gérer du stress, apaiser un besoin de reconnaissance…).

Le site www.addictaide.fr crée par l’addictologue et psychiatre Michel Reynaud propose de nombreux outils en ligne pour évaluer et identifier une addiction grâce à des autotests, et des conseils pour une prise en charge adaptée. En cas de doute, tournez-vous vers votre médecin traitant, qui vous réorientera vers un addictologue ou un psychologue pour une prise en charge globale.

Bon à savoir : des numéros verts sont disponibles en entreprise pour les salariés qui souhaiteraient une assistance psychologique à distance gratuite.

Il est important de rappeler que le workhaolisme est une forme de dépendance socialement encouragée, et que c’est le mésusage des technologies ou les excès au travail qui vont faire de ces pratiques une addiction. Il ne s’agit donc pas de les supprimer totalement de son quotidien, mais d’en faire un meilleur usage…

Merci à Alexis Peschard, Addictologue et Président de GAE Conseil.

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