Zoom sur Giverny, le jardin en fête de Claude Monet

Le petit paradis normand du peintre impressionniste célèbre le quarantième anniversaire de son ouverture au public.

Un éden multicolore

Dès son installation à Giverny en 1883, Claude Monet se lance dans la création d’un jardin, aidé par deux des huit enfants de sa famille recomposée. En harmonie avec la maison recrépie de rose et décorée de bleu et de jaune, ses « beaux motifs » doivent surtout lui éviter de courir la campagne avec son chevalet. Son jeune ami Sacha Guitry raconte : « Monet décidait la couleur de son jardin quelques mois à l’avance. Il disait : je veux qu’au mois de juin tout mon jardin soit mauve, ou rouge, ou jaune. »

Une double passion

La journée est réglée comme du papier à musique. Levé et couché avec le soleil, Monet peint environ huit heures par jour, participe à la vie de famille et jardine le reste du temps. « Monet n’avait qu’un seul luxe, ses fleurs. Son jardin était l’un des plus beaux du monde » assure le dramaturge Sacha Guitry. Avec l’écrivain Octave Mirbeau et l’homme politique Georges Clemenceau, les amis partagent la passion du jardin et échangent conseils et coups de main. Ils se fournissent chez Truffaut et déjeunent au milieu des fleurs. Clemenceau devine la modernité de cette peinture. Monet « interrogeait les contours, les rencontres, les divers degrés de pénétration dans le tumulte des fusées lumineuses » témoigne-t-il. Le reflet de la nature dans la peinture, couleurs et lumières, ouvre la voie à l’abstraction.

La folie des nymphéas

Un projet plus ambitieux est élaboré par le peintre dans un second temps : détourner l’Epte, affluent de la Seine, pour créer un jardin d’eau japonais. Un étang bordé de saules et enjambé par un pont de bois couvert de glycine accueille une collection de plantes aquatiques. Monet a découvert les nymphéas et les lotus à l’Exposition universelle de 1889, quand le pépiniériste Latour-Marliac en a rempli les bassins du Trocadéro. Sa première commande, en 1894, comporte onze plants de huit espèces. Les nymphéas prospèrent. Et en les peignant sans relâche, Monet assure leur postérité !

La grande serre

« J’ai mis du temps à comprendre mes nymphéas, confesse le peintre. Et puis, tout d’un coup, j’ai eu la révélation des féeries de mon étang. J’ai pris ma palette. Depuis ce temps, je n’ai guère eu d’autre modèle. » Il représente d’abord les fleurs aquatiques sur une série de petits formats intitulée Reflets. Puis il veut les peindre sur des toiles de deux mètres de haut, pour lesquelles il lui faut un plus vaste atelier. Il fait construire une grande serre. L’ensemble des toiles formera une fresque de cent mètres. Quand la Grande Guerre se termine, Monet veut l’offrir à la patrie en hommage à tous les soldats tombés au front. Clemenceau, le Père la Victoire, leur trouvera un abri à Paris, dans l’Orangerie des Tuileries.

Paroles d’expert

Jean-Marie Avisard, jardinier en chef

Comment le jardin a-t-il ouvert en 1980 ?
Cela s’est fait après trois ans de remise en état, d’après les tableaux de Monet et des photos d’époque. Les témoignages d’anciens employés et habitués du jardin ont beaucoup aidé aussi à effacer des décennies d’abandon.

Est-il identique à celui de Monet ?
Nous en respectons le tracé et l’esprit, avec ses tulipes, myosotis, iris, roses et capucines… Nous avons même retrouvé et multiplié les géraniums d’origine pour les replanter cette année devant la maison. Mais un jardin ne doit pas rester figé, comme Monet le savait. Nous multiplions donc les possibilités en suivant les nouveautés. Par exemple, nous prenons toujours une quinzaine de nymphéas chez Latour-Marliac et nous avons une trentaine d’espèces de pensées bleues.

Quel est votre endroit préféré ?
Le jardin d’eau, peut-être parce que c’est le premier endroit où j’ai travaillé quand je suis arrivé ici il y a trente-deux ans. Mais pas seulement… J’aime son ambiance, ses lumières.

fondation-monet.com

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Article paru dans le numéro Femme Actuelle Jeux Histoire n°14 juillet-août 2020

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