Fashion week : comment les pièces deviennent à la mode ?

La rédaction mode de Gala vous invite dans les dessous du monde de la fashion. Pour cette 6e lettre Feshion circus, on vous raconte comment naissent les phénomènes de mode.

Ça commence souvent sur Instagram. On la voit passer comme ça sur Hailey Bieber, une Jenner ou une Kardashian. Sans y prêter vraiment attention parce que c’est souvent une pièce étrange qu’on n’aurait jamais idée de porter. En tous cas autre part que sur le macadam de Manhattan ou sous les palmiers de LA. Et certainement pas sans une belle tablette d’abdos, un balayage au poil et les sourcils magnifiquement arqués. Voilà, ces pièces-là, on les a vues passer au coeur de l’été. Ces mocassins sur socquettes portés la cuisse nue et fuselée, ce corset à balconnet lacé sur une chemise cotonnée gonflée, ce cardigan bien trop court, ce jean quatre fois trop grand, cette cagoule chelou, ce jogging méga fluffy, ce sac riquiqui. Et puis on a oublié.

Jusqu’à la rentrée. Là, les stylistes entrent en action. Les stylistes, ce sont ces personnes très énervantes qui, quand elles rentrent dans la pire boutique du village le plus reculé d’un mois de juillet chez mémé, trouvent LA pièce stylée qu’on aimerait immédiatement lui braquer (ce sont les mêmes qui, sur un vide-grenier de marché rempli de vieux Lego et de vernis pailletés périmés, dénichent un véritable trench Burberry’s impec qu’elles négocient pied à pied dix euros pendant qu’on pleure des larmes de sang de pauvre mortelle du staïle). Ces individus qui ont à la fois le sens de la mode et l’oeil en permanence plongé au bon endroit, sur Pinterest, les médias étrangers, les expos, la déco, les vieux mags de mode et la tête pleine d’idées, qui font ensuite leur synthèse, leur oeuvre et leur shopping dans les lookbooks et les bureaux de presse.

Armés d’un iPhone et d’un grand sac, les stylistes partent alors arpenter les collections de tous bords. Dans les showrooms, les maisons exposent leurs collections lors de ce qu’on appelle les “journées presse”. Là, marques de luxe, petits créateurs, fast fashion et griffes iconiques exposent aux pros du secteur leurs dernières pièces. Sur les portants et devant quelques petits fours, une armada de faiseurs de tendance tripote, hume et shoote ce qui fera les looks de la saison à venir. Leggings en skaï, talons biseautés, casquettes à oreilles de chats, bodies ajourés, denims neige, vestes over-épaulées, ils enregistrent, classent, collectent et rangent nouveautés, revisites et grands classiques dans leurs dressings internes mieux ordonnés qu’un placard de Marie Kondo avant que leurs cerveaux ne fassent la magique synthèse. Pause.

Marie Kondo dans son émission sur Netflix

Alors, les magazines (nous), des célébrités prêtes à shooter les couvs de leurs albums, de journaux, à faire le tour des émissions ou de la planète sous l’oeil inquisiteur de leurs abonnés Insta et même des marques désireuses de rendre attractives leurs propositions pas forcément évidentes à mixer font appel à leurs services. Sur des “moods” virtuels ou à même le sol d’un espace dédié à leur élaboration, lesdits stylistes font alors leurs “looks”. Lesquels seront alors photographiés, en studio ou au bout du monde, ceinturés, magnifiés, bref portés aux yeux du monde. Une chemise d’homme Uniqlo semble-t-il anodine glissée sous un corset Fendi, le tout jeté sur un jean Celine, mules Amina Muaddi, casquette Maison Michel, stacking de bracelets Gas, Première Chanel, barrette Monop, talisman Marie Lichtenberg, Chiquito Jacquemus rose bonbon…, les stylistes mixent, croisent, marient à merveille les détails et les terres lointaines, les volumes et l’air du temps avec un instinct qui fait écarquiller les yeux, et donne vie à une époque et des envies émergées un peu partout, au détour d’une chanson, d’une colère, d’un poème, d’un film ou d’un buzz, bref d’une étincelle de l’instant. C’est tout un art qui prend forme et tombe alors sur les silhouettes des mannequins maquillés, coiffés, crêpés, laqués tout exprès pour que ledit look, celui qui fera la saison, explose tout à fait.

C’est alors qu’on retombe dessus sans y prendre gare. Sur les affiches, les unes, les pubs qui font la rue, les séries mode des mags, les dégaines cool de chroniqueurs météo, l’allure effortless d’une fille qu’on voit bouquiner dans le métro. Ces mocassins masculins et socquettes de fillettes, ce cardigan trop court, ce jean quatre fois trop grand, ce body ajouré, ce sac riquiqui ou ce jogging fluffy. Et que notre esprit embrumé nourrit alors son envie, synthétise et envisage ce nouveau genre qu’on n’aurait jamais pensé considérer (comme un voisin de classe un peu en retrait, look chelou, cheveux trop longs qu’on finirait par épouser). Et c’est ainsi que depuis des décennies, nous embarquons de concert dans des périodes qui nous font entasser sneakers à plateformes, cargos satinés, pattes d’eph démesurés, slim raie du plombier, paraboots de prof d’anglais, kimonos japonais et autres incongruités anachroniques qui nous font pousser des cris d’orfraies lorsqu’on les recroise hors-saison, au hasard d’un rangement de cartons. Que nous réservent les beaux jours prochains ? Les pros préparent déjà les looks de demain. Les journées presse ont envoyé leurs premiers cartons. Gardez l’oeil ouvert et l’oeil sur notre newsletter. Promis, on spoilera.

Crédits photos : Perso

Il vous reste 85% de l’article à découvrir

Autour de

Source: Lire L’Article Complet