La mode nous fait une fleur

Dans l’esprit du créateur Jacquemus a germé l’idée de devenir fleuriste, le temps d’une boutique éphémère. L’occasion d’observer comment, de la cour de Versailles aux défilés Dior, les acteurs de la mode ont cultivé leur fascination pour les fleurs pour tirer leur pétale du jeu.

À Versailles, les fleurs parent les chapeaux à la cour, plantées dans de minuscules vases cachés pour ne pas perdre de leur fraicheur. Puisqu’il est rare de pouvoir se permettre une telle extravagance, un savoir-faire est dédié exclusivement à l’art de les reproduire. À Paris, la maison Guillet est fleuriste ornemental depuis 1896 et produit de ses mains, à l’aide d’une batterie d’outils surannés, les pétales les plus raffinés à destination de la haute couture comme de l’Opéra de Paris. En 2006, Chanel, qui lui doit ses fameux camélias, en fait l’acquisition pour la faire figurer parmi ses célèbres Métiers d’art. 

Au fil des âges et des progrès techniques, le motif fleuri se démocratise et les différentes mouvances s’en donnent à cœur joie pour le réinterpréter. Fine et délicate au XVIIIème et au XIXème siècle, les fleurs deviennent ultra stylisées dans l’Art Déco et même saturées à l’heure du Flower Power des 70’s. Elles sont partout, omniprésentes dans la mode, s’amuse Miranda Presley dans Le Diable s’habille en Prada avec sa réplique culte “Des fleurs pour le printemps ? Révolutionnaire.”

La fine fleur

En bonne position dans le répertoire courant de la mode, la fleur n’est pas devenue banale pour autant. Les directeurs artistiques des grandes maisons entretiennent une relation particulière avec le végétal, s’en inspirent et l’utilise pour mettre en valeur leur art. On peut citer les passions de Monsieur Dior pour le muguet ou de Coco Chanel pour le camélia, mais le phénomène dépasse le simple fétiche. “Les deux domaines sont complémentaires et les fleurs sont la continuité de l’expression des designers” pointe Lucas Lauer. Sur les podiums, dans les séries photo, les installations en vitrines et en magasin, les fleurs servent le propos créatif des marques. Ce qui fait naitre des scènes fabuleuses : un podium orné de bouquets emprisonnés dans la glace de l’artiste Azuma Mokoto chez Dries Van Noten en 2016, de million de fleurs qui tapissant les salons Dior pour la collection haute couture automne-hiver 2012-2013, de collines de roses d’Inde oranges chez Jil Sander en janvier 2020 ou carrément un défilé dans un champs de lavande pour Jacquemus en 2019. 

En coulisse, les pétales tiennent également une grande place dans les usages du milieu. Dans son récent reportage au sein du bureau de relation presse Lucien Pagès, le journaliste Loïc Prigent expose la pratique incessante de l’envoi de bouquets de remerciement, faisant détailler à son interlocuteur chacun des goûts des grandes figures de la mode en la matière. Anna Wintour qui, croyait-on, n’aime que les pivoines, aurait, selon la rumeur, une seconde suite au Ritz consacrée à tous les bouquets qui lui sont envoyés durant son séjour pour la fashion week. “Sans les attachés de presse de la mode, les fleuristes parisien perdraient 80% de leurs commandes” plaisante-t-il, à peine.

Branché 

Si les liens tendent à se renforcer entre les deux mondes, c’est que les grands acteurs de la mode ont trouvé du répondant du côté de la fleur. Ces dix dernières années, de véritables studios créatifs floraux ont vu le jour avec des identités fortes, représentant un intérêt artistique et plus seulement décoratif pour la mode. Une nouvelle garde de fleuristes dont les têtes de file se nomment Debeaulieu ou Castor à Paris, Putnam & Putnam à New York, Ruby Mary Lennox à Berlin… “Naturellement, les maisons de mode viennent de plus en plus à leur rencontre pour créer conjointement des bouquets signatures ou des scénographies florales.” explique Lucas Lauer, lui-même formé chez Debeaulieu. 

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Réciproquement, la mode, de plus en plus avide d’étendre son influence à tout un univers et un art de vivre, considère l’artisanat et l’art floral comme une partie intégrante de sa proposition. En 2014, Marni a organisé un marché aux fleurs pour son vingtième anniversaire. Un fleuriste a poussé dans le flagship Loewe à Madrid inauguré en 2016. L’année dernière, Prada a mené une opération simultané chez sept fleuristes en vue à travers le monde pour habiller leurs bouquets aux couleurs de sa campagne resort 2020. En 2021, Gucci a proposé un workshop fleuri dans sa boutique avenue Montaigne pour sa collab’ avec les imprimés Ken Scott. C’est à présent Jacquemus qui récolte les lauriers pour ses bouquets emballés dans des tissus réutilisés. La mode n’a pas fini de cultiver son jardin.

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