Le costume blanc de Kamala Harris, tout un symbole (politique)

Kamala Harris entrera en fonction en janvier. Mais déjà, la tenue arborée par la première vice-présidente américaine au Chase Center de Wilmington le samedi 7 novembre, au soir de sa victoire, n’avait pas été choisie au hasard.

«Je suis peut-être la première femme à occuper ce poste, mais je ne serai pas la dernière», a déclaré Kamala Harris le samedi 7 novembre, au Chase Center de Wilmington. Première femme et personne de couleur à devenir vice-présidente des États-Unis – poste qu’elle occupera dès janvier, Kamala Harris a en effet brisé le plafond de verre avec l’élection de Joe Biden. Un coup d’éclat célébré par la sénatrice de Californie lors d’une allocution télévisée, prononcée le soir de leur victoire. Pour l’occasion, Kamala Harris avait revêtu un costume blanc, agrémenté d’une blouse à nœud, elle-même emblème de la «working woman»… et vêtement fétiche de Margaret Thatcher.

Un symbole féministe

Le costume blanc constituait, lui aussi, un choix riche en symboles, analyse Jean-Gabriel Causse, spécialiste des couleurs et auteur du roman Les crayons de couleurs (1). «Son tailleur est d’un blanc un peu virginal, celui de la première fois, a expliqué l’expert à Madame Figaro. Les États-Unis sont un pays très religieux : elle a donc opté pour un vêtement d’aspect “première communion”. C’est aussi une manière de souligner son message féministe : “Je suis la première, mais pas la dernière”.» En 1913, l’Union du Congrès pour le suffrage féminin avait fait du costume blanc une tenue symbolique, destinée à vanter les mérites de la mission des suffragettes, selon le New York Times.

Le look est, par la suite, devenu l’emblème de la réussite féminine. Hillary Clinton arborait ainsi un costume blanc, le 28 juillet 2016, après avoir été désignée candidate officielle à la présidentielle lors de la Convention nationale du parti démocrate. Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants américaine, avait elle aussi opté pour ce style lors d’une conférence de presse qui s’est tenue en avril 2019. Durant la campagne présidentielle de 2016, le costume blanc, symbole de l’empowerment féminin, était par ailleurs devenu un symbole de l’opposition à Donald Trump.

“Une femme habillée en blanc est par définition honnête”

C’est pourquoi le tailleur blanc arboré par Melania Trump lors du discours sur l’état de l’Union, prononcé le 30 janvier 2018, avait interrogé ses concitoyens. Après les révélations autour de la liaison présumée de Donald Trump avec l’actrice porno Stormy Daniels, l’ex-première dame avait en effet disparu des écrans-radars, avant de réapparaître lors de l’événement, vêtue d’un costume blanc, dont on ignore encore s’il constituait un pied de nez à son époux.

En revêtant cette tenue, Kamala Harris assurmerait quant à elle sa volonté de se distinguer de l’ancien président. «Ce blanc est celui de la lumière, a estimé Jean-Gabriel Causse. Quelque part, au bout de ce tunnel vraiment sombre qu’était la présidence Trump, une lumière apparaît enfin.» Selon l’expert, ce blanc serait également un symbole d’innocence.

«Si Donald Trump n’a toujours pas abdiqué, le fait de se revendiquer comme quelqu’un d’innocent permet à Kamala Harris de signifier : “Je ne suis pas un politique corrompu, je suis une femme normale, saine, qui ne fait pas de coups tordus”, a déclaré le spécialiste. C’est un message opposé à celui que Donald Trump essaie encore de faire passer auprès de ses troupes. Une femme habillée en blanc est par définition honnête.»

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Une volonté de réconciliation

Le blanc du costume de Kamala Harris pourrait, enfin, être le symbole d’une volonté de réconciliation. «Cette couleur pourrait aussi être l’emblème d’une volonté de paix entre démocrates et républicains», a conclu Jean-Gabriel Causse. Une vélléité qu’exprimait en effet Joe Biden, élu 46e président des États-Unis, dans son discours de victoire, prononcé le 7 novembre : «Je m’engage à être un président d’union, et pas de division, a-t-il ainsi déclaré. Un président qui ne voit pas des États rouges et des États bleus, mais des États-Unis. De tout mon cœur, je m’attacherai à gagner la confiance de tout le peuple américain. Car c’est le peuple qui fait l’Amérique.»

(1) Les crayons de couleur, de Jean-Gabriel Causse, paru le 13 septembre 2017, Éditions Flammarion, 320 p., 17 €

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