Peggy Roche, du mariage avec Claude Brasseur à l'idylle avec Françoise Sagan

Mannequin, styliste, rédactrice… Peggy Roche a longtemps gravité dans le milieu de la mode, mue par une passion infinie pour l’élégance. Elle fut également l’épouse de Claude Brasseur, décédé ce mardi 22 décembre à l’âge de 84 ans, et le grand amour de Françoise Sagan.

Les histoires d’amour de Peggy Roche furent, à son image, discrètes. Sa romance avec Claude Brasseur, qu’elle a épousé le 27 mars 1961, ne déroge pas à la règle. Les photographies officielles du couple se comptent sur les doigts de la main. Parmi elles, un cliché du mariage entre cette figure éminente du monde de la mode et le protagoniste d’Un éléphant ça trompe énormément (1976), décédé ce mardi 22 décembre à l’âge de 84 ans. Sur cette image en noir et blanc, le duo apparaît souriant, l’un vêtu d’un costume foncé, l’autre d’une robe à carreaux et col lavallière. «Nous sortions beaucoup, nous allions partout, peut-être avec une préférence pour Castel et le New Jimmy’s, relatait Peggy Roche dans un rare entretien accordé en 1984. C’était un plaisir de refaire le monde avec un peu d’alcool. Bien sûr, les lendemains au journal étaient un peu difficiles… On était très optimistes et sortir la nuit représentait quelque chose de certainement plus gai qu’aujourd’hui.»

Oiseaux de nuit

Cette union sera balayée par la passion naissante entre Peggy Roche et un autre oiseau de nuit. La rencontre de l’ancien mannequin et de Françoise Sagan se serait déroulée peu avant mai 1968, au Prélude, une boîte de nuit qui réunissait alors le Tout-Paris. Mais peut-être s’étaient-elles croisées durant la décennie précédente, au sein de la rédaction du magazine Elle. Au beau milieu des années 1950, l’ancien mannequin pour Givenchy, Guy Laroche ou encore Jacques Heim avait en effet attiré l’attention d’Hélène Lazareff, fondatrice de l’hebdomadaire. Peggy Roche est une originale. L’ex-modèle ne porte ni soutien-gorge, ni couleurs. Bien au contraire, elle est une inconditionnelle du noir et blanc. «Si elle se soucie peu de la mode, Peggy Roche, en revanche, fait plus que se soucier de l’élégance : elle en est obsédée, écrira Françoise Sagan dans un article de Femme, en 1986. C’est sans doute la seule personne qui, au cinéma, lorsque l’héroïne doit être sauvagement poignardée, remarque la forme de son turban ou la cambrure de ses chaussures.»

“Passion, tendresse et admiration”

Peggy Roche et Françoise Sagan demeureront liées durant vingt ans. La première, née le 1er février 1929 à Paris, a connu une enfance solitaire. Elle est la fille unique d’un père absent et d’une mère volage. La seconde a grandi entre Paris et le Lot, dans une famille marquée par la perte de son frère aîné, Maurice, lorsqu’il était très jeune. À l’approche de la quarantaine, Peggy Roche devient le «pilier» de Françoise Sagan. Elle élève même le fils de cette dernière, Denis, issu d’une précédente union entre l’auteure et le mannequin Robert Westhoff. «Entre ces deux femmes, ce fut un mélange de passion, de tendresse, d’admiration réciproques, de reconnaissance mutuelle, d’amitié et de connivence comme ma mère n’en connut jamais, dans mon souvenir, ni avant ni après elle», se souvient Denis Westhoff, 58 ans, dans un livre (1).

Une idylle secrète

Les deux femmes évoluent dans des univers éloignés. Peggy Roche collabore avec les plus grands photographes du moment, comme Peter Knapp, ou encore Helmut Newton. Elle ouvre un temps une boutique dans la rue du Pré-aux-Clercs – et ce, grâce à l’argent de sa compagne. Elle y vend, pêle-mêle, des pantalons à pont, des chandails, des blazers ou encore des pyjamas de satin gris. Elle devient par la suite rédactrice de mode. Françoise Sagan se consacre quant à elle à la rédaction de romans comme Des bleus à l’âme, paru en 1972. L’auteure tient, par ailleurs, à dissimuler son idylle avec l’ancien modèle.

En public, les deux femmes se vouvoient. Si l’on en croit Peggy dans les phares, la biographie signée Marie-Ève Lacasse, Françoise Sagan demande parfois à sa compagne de quitter leur demeure lorsqu’elle accueille des invités, et d’y revenir quelques instants plus tard pour frapper à la porte comme une convive parmi d’autres. Le duo n’en demeurera pas moins étroitement lié. Le décès de Peggy Roche, qui succombe à un cancer le 7 septembre 1991, devint le drame de la vie de Françoise Sagan. «Avec la disparition de Peggy, ce fut comme si ma mère avait été déchirée en lambeaux, que l’on eût arraché des morceaux d’elle vivante», écrira Denis Westhoff.

(1) Sagan et fils, de Denis Westhoff, est paru le 30 mai 2012 aux éditions Stock.

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