Assez de concerts virtuels, vive la scène !

Au premier jour, il y avait la curiosité. Plongés dans l’isolement forcé par la pandémie Covid-19, ayant pour seul moyen de contact avec le monde un objet froid et glissant : l’écran de notre portable ou tablette, nous dérapions de page en page sur le Net, avides d’images d’artistes en pyjama dans leurs intérieurs cotonneux. Pour la première fois, nous touchions du bout du doigt l’intérieur des stars, pénétrions dans leur salon et les découvrions mal peignés et pas maquillés, attablés à leur piano, hurlant à tue-tête vers la caméra de leur smartphone des tubes habituellement interprétés pour des milliers de spectateurs dans des stades. C’était nouveau, inédit, un peu voyeur. Sous ses étagères à Grammy Awards, John Legend, en peignoir et sans pantalon, jouait pendant près d’une heure des reprises (« Love’s in Need » de Stevie Wonder) et des hits («  All of Me »), devant plus de 2 millions de followers (les nouveaux spectateurs) et sa femme (le mannequin Chrissy Teigen) vêtue d’une unique serviette de bain. Les fans de Christine and the Queens ont pu l’observer en train de se lancer dans d’étranges chorégraphies ou chantant une version acoustique de « People I’ve Been Sad » dans un vélo-brouette. Ceux du joli Charlie Puth ont déchanté quand ils ont découvert le désordre de sa chambre à coucher.

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Dix mois plus tard, les artistes n’ont toujours pas regagné le délicieux inconfort de leur tour bus et nous n’avons toujours pas remis les pieds dans une salle de concert. Que devons-nous faire de nos tickets pour la tournée d’adieu d’Elton John à l’Accor Arena de Paris payés à prix d’or des mois à l’avance, reportée à octobre 2021 ? On peut les garder ou se faire rembourser, mais jamais personne ne s’était engagé pour une soirée deux ans à l’avance ! « Cela me brise le c?ur que nous ayons dû reporter les dates de 2020 que nous attendions tous avec impatience, mais mon équipe et moi avons travaillé avec diligence sur les reports pour 2021 », commente Elton John (dont les adieux semblent coincés dans une boucle temporelle). « Comme vous pouvez l’imaginer, la tournée est une entreprise énorme, nous avons donc eu besoin de temps pour nous assurer que nous pouvions revenir dans chaque ville et jouer tous les concerts que nous avons déjà en vente. Merci d’avoir été patients. »

Le concert de Paul McCartney à La Défense Arena, en mai dernier, décalé en novembre, a carrément été annulé, et aucune date nulle part au monde n’est pour l’instant fixée. L’ex-Beatle a tenté de réconforter ses fans avec ce message : « Le groupe et moi sommes tellement désolés de ne pouvoir être parmi vous, mais ce sont des moments sans précédent, et le bien-être et la sécurité de chacun sont la priorité. J’espère que vous vous portez tous bien tandis que nous attendons avec impatience des temps meilleurs. We will rock again ! » Pareil pour les Rolling Stones, autres vétérans des stades, qui ont annulé toutes leurs dates. Que vont-ils devenir, isolés dans leurs châteaux, loin de la scène qui les maintient en vie ? « Nous traverserons cette épreuve ensemble, et nous vous verrons très bientôt », commentent les Stones.

Bientôt la reprise, mais quand ?

La chaleur de l’été suffira-t-elle au retour éventuel des concerts en plein air ? Terrassés par le virus, les plus optimistes professionnels du secteur (qui a enregistré à peu près 2,5 milliards de pertes l’été dernier) cherchent d’urgence des solutions. Ticketmaster, géant de la billetterie, essaie de mettre en place un système de traçabilité des infectés. La salle punk mythique londonienne The 100 Club teste un nouveau système de ventilation éliminant quasiment tout risque d’infection lors d’événements à l’intérieur. Le 12 décembre en Espagne, 500 spectateurs ont assisté à une édition spéciale du festival Primavera, à Barcelone, masqués, mais sans règles de distanciation : les organisateurs ont testé tout le monde à l’entrée et aucune infection n’a été enregistrée.

En France, le Prodiss (Syndicat national des producteurs, diffuseurs, festivals et salles de spectacle musical et de variété) s’est associé à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris pour expérimenter les concerts tests en mars, afin que les festivals puissent avoir lieu cet été. « Il faut compter entre 3 et 24 mois pour pouvoir mettre un artiste sur scène, nous plaidons donc pour une reprise graduelle de l’activité pour éviter le stop-and-go que nous avons connu, qui, lui, est destructeur », explique au Point Malika Séguineau, directrice générale du Prodiss. D’autres expérimentations de ce type devraient avoir lieu en février à La Cigale, à Paris et à Marseille. Un grand groupe de travail européen sera même réuni les 21 et 22 janvier pour mettre en place une stratégie globale. En attendant, les artistes (comme Dua Lipa, Boy George, Matt Pokora, Billie Eilish) se tournent vers des shows virtuels payants sur des plateformes de streaming, de plus en plus populaires et rentables. En avril, le boy band coréen BTS a ainsi réuni 750 000 spectateurs lors de son concert interactif (on pouvait zoomer sur leurs visages) et gagné près de 20 millions de dollars. Les producteurs rivalisent maintenant d’imagination et de moyens pour mettre en place des spectacles immersifs en 3D. Un concert « comme si on y était », mais sans quitter son salon, il suffit d’enfiler un casque de réalité virtuelle et de s’affaler dans son canapé. Enjoy the show ! On applaudit. Et on pleure en rêvant de danser un jour avec des milliers de spectateurs sur de la musique live?

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