La musique d'Ali Farka Touré merveilleusement réactualisée sur l'album "Ali" de Vieux Farka Touré et Khruangbin

Faut-il encore présenter l’immense guitariste africain Ali Farka Touré ? Disparu en 2006, ce héros national au Mali est connu dans le monde entier pour ses collaborations avec Ry Cooder et Toumani Diabaté et pour son blues singulier infusé de tradition ouest-africaine, surnommé le blues du désert.

Son fils Vieux Farka Touré, qui a pris la relève, souhaitait lui rendre hommage sur un album en reprenant certains de ses classiques et cherchait un groupe pour l’épauler dans cette tache. Sur les conseils de son manager, ce guitariste accompli est allé voir Khruangbin en concert et l’affaire s’est scellée à Londres en un temps record.

Khruangbin, ce modèle de cosmopolitisme 

Fort de trois albums parus depuis 2015, dont le formidable Mordechai en 2020, le groupe texan Khruangbin (qui signifie « avion » en thaïlandais) a connu pour sa part une ascension fulgurante ces dernières années dans le sillage de ses tournées internationales. Constitué de Mark Speer à la guitare, de Laura Lee Ochoa à la basse et de Donald Johnson à la batterie, le trio brasse de nombreuses influences venues aussi bien de la funk thaï et du dub que du psychédélisme et des musiques latines – on les a vus en avril dernier à l’Olympia reprendre à leur sauce avec une fluidité folle aussi bien Gainsbourg que Snoop Dogg, Chris Isaak et le thème de Midnight Express, dans un exercice espiègle façon blind-test.

« Pour moi, la musique est magique, elle est spontanée, c’est l’énergie entre les gens« , dit Vieux Farka Touré dans le communiqué de presse. « Je pense que Khruangbin comprend très bien cela.« 

Huit relectures de chansons d’Ali Farka Touré

Enregistré en une semaine en 2019 lors de sessions live proches de l’improvisation dans la grange de Khruangbin au Texas, l’album Ali, fruit de leur collaboration, est une petite merveille. Il est constitué de huit reprises, choisies soigneusement par Vieux dans le répertoire de son père, des plus connues comme Diaraby et Savane, aux plus obscures tels Alakarra. Mais il s’agit davantage de réécritures que de reprises à proprement parler. Comme l’explique Khruangbin à la BBC, Vieux les a fait travailler en aveugle, ne les informant jamais à l’avance des titres qu’ils allaient jouer, afin de permettre aux Texans de suivre leur instinct en toute liberté.

Sur le titre d’ouverture Savanne, dans lequel il réimaginent Savane (avec un seul n) sorti sur le dernier album d’Ali Farka Touré en 2006, la six cordes de Vieux répond au rythme reggae-dub des Texans, offrant au morceau une nouvelle profondeur et une amplitude remarquable. Diarabi, un titre du célèbre album d’Ali Farka Touré avec Ry Cooder Talking Timbuktu (1994), est ici métamorphosé, avec ses chœurs enjôleurs, en une chanson douce et sensuelle. Sur le très dansant Tongo Barra, le chant dynamique en dialecte songhai de Vieux est porté par les motifs de blues enjoués de Mark Speer pour un résultat joueur et voluptueux. Quant à la sécheresse bienheureuse de Lobbo, elle devient ici un bijou où les riffs des deux guitaristes s’entremêlent et dialoguent avec des chants d’oiseaux.

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