Onze ans après le drame, le procès de l’effondrement de la scène de Madonna débute à Marseille

Après dix ans d’instruction, deux renvois et une suspension, le procès de l’effondrement mortel de la scène qui devait accueillir un concert de Madonna en 2009 à Marseille a débuté mercredi 7 octobre, devant le tribunal correctionnel de la cité phocéenne. Audiencé une première fois en septembre 2019 mais renvoyé deux fois, au 16 mars 2020 puis à lundi, le procès a démarré après une suspension de 48 heures, le temps de s’assurer que l’un des avocats de la défense était bien négatif au Covid-19.

Dès le début de l’audience, le tribunal a écarté les demandes de renvoi déposées par les avocats de la défense en raison de la crise sanitaire du Covid. La présidente du tribunal, Marie-Pierre Attali, a souligné “la nécessité de prêter attention aux parties civiles et à leurs proches, qui ont vraiment besoin que ce procès se tienne“, et ce d’autant plus que “la crise sanitaire est loin d’être terminée et que les conditions d’un procès ne seront pas forcément meilleures dans six mois ou un an“.

En s’effondrant, le 16 juillet 2009, sur la pelouse du stade Vélodrome de l’Olympique de Marseille, le toit de la scène du concert prévu trois jours plus tard par la reine de la pop avait fait deux morts, Charles Criscenzo, un Français de 52 ans, et Charles Prow, un Anglais de 23 ans. Huit autres ouvriers avaient été blessés, dont l’un, Giuseppe di Silvestro, allait se suicider deux ans plus tard.

Mauvais placement du câble utilisé par une grue

Onze prévenus ont été appelés à la barre mercredi 7 octobre : Live Nation France 2006, l’organisateur du concert, et sa dirigeante Jacqueline Bitton; Edwin Shirley Group (ESG), l’entreprise anglaise propriétaire de la scène pour qui travaillait Charles Prow et trois de ses représentants en Grande-Bretagne; Tour Concept France, la société française chargée d’assister ESG pour le montage, pour qui travaillaient toutes les autres victimes, et son dirigeant Mathieu Anton; Mediaco, l’entreprise marseillaise propriétaire d’un camion-grue impliqué dans le drame, et son dirigeant Gérard Billia; et enfin le Britannique Scott Seaton, travailleur indépendant, recruté comme chef d’équipe par ESG. Mathieu Anton, Gérard Billia et Scott Seaton étaient présents. Tous les autres étaient représentés par leurs avocats.

Dans ce dossier très technique, les experts diligentés par la justice affirment une chose : la chute du toit est la conséquence directe du mauvais placement du câble utilisé par une grue pour hisser l’un des angles du toit, suite à la panne de moteur de deux treuils. Un cable qui avait été mis en place par Charles Prow. Mais cette erreur n’est que le résultat de la “totale improvisation” qui régnait sur le chantier, selon le juge d’instruction Pierre Philipon, qui avait rendu son ordonnance de renvoi en janvier 2019.

Madonna a expliqué ne pas être impliquée

Me Charles-Henri Boeringer, avocat de l’un des dirigeants d’ESG, a dénoncé “les nombreux angles morts” de l’instruction. Pour lui on serait “en présence d’un simple accident de grue” et le grutier aurait fait “une faute gravissime” en désamorçant le système d’alarme pour surcharge de son engin. Mis en examen au départ de l’instruction, le grutier en question, Alexandre Debionne, avait pourtant bénéficié d’une ordonnance de non lieu.

La chanteuse américaine Madonna, 50 ans à l’époque, n’avait pas répondu à la convocation du juge d’instruction, expliquant ne pas avoir été impliquée dans le volet technique du montage de la scène et n’avoir jamais demandé de la monter plus rapidement. Elle avait présenté ses condoléances aux familles des victimes. Le procès est prévu pour durer jusqu’au 16 octobre, avec un réquisitoire attendu le 14.

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