« Memoria » incite Tilda Swinton à rêver plus fort

Un thriller métaphysique aux frontières du rêve et de l’éveil. C’est ce que propose
Apichatpong Weerasethakul dans son dernier film
primé à Cannes, Memoria. Le cinéaste thaïlandais, déjà
palmé d’or il y a une dizaine d’années, artiste pacifiste obligé de fuir pour créer après les
coups d’État incessants dans son pays, a trouvé refuge en Amérique du Sud, et notamment en Colombie, pour tourner ce road trip universel avec
Tilda Swinton. Un film sur la mémoire, on s’en doute vu le titre Memoria, plein de trous (de mémoire) et de bruits inédits comme ce grand « bang » que le personnage qu’incarne l’actrice britannique est la seule à entendre, qui la réveille en pleine nuit et l’empêche de se rendormir.

Le réalisateur s’est inspiré d’un mal étrange dont il a été lui-même frappé, le syndrome bien réel de « la tête qui explose ». « J’ai été surpris par le bruit d’une explosion qui ne venait pas d’ailleurs mais de l’intérieur de ma tête, comme si quelqu’un faisait claquer un élastique à l’intérieur de mon crâne qui semble lui-même être fait de métal, raconte-t-il dans le dossier de presse du film. Ce grand bruit se répercute dans le cerveau, mais au lieu de vous réveiller complètement, il vous met dans un état semi-conscient d’écoute et d’anticipation. »

Il y a d’autres idées géniales dans Memoria, et plusieurs séquences inoubliables dont on se gardera bien de révéler la teneur ou le détail. On précisera seulement, pour vous donner une idée des réjouissances qui vous attendent, que le personnage de Tilda Swinton dans le film porte curieusement le nom de Jessica Holland. Curieusement, car c’est aussi celui de l’héroïne de Vaudou de Jacques Tourneur, qui se réveille toutes les nuits au son d’un tambour et marche comme un zombie. « C’est un de mes films préférés et j’ai pensé à ce personnage dirigé par le son pour mon film », confie d’ailleurs Apichatpong.

Toute la mémoire du monde

Pour le reste, le cinéaste agit comme un sculpteur en puisant dans la matière et en en retirant le superflu. Cette fois il sculpte le son et tente de définir le fameux « bang » qui obsède la blonde étrangère, afin d’en déterminer l’origine. Ce « big bang » qui convoque les fantômes et les esprits chers à un artiste capable de creuser dans les profondeurs de la terre – ou de la tête – pour en faire jaillir toute la mémoire du monde.

Même si son film est plus cérébral que spectaculaire, Apichatpong sait créer ce genre d’atmosphère. C’est un poète, doublé d’un passeur, d’un chaman ou d’un ange gardien, comme le personnage d’Hernan, joués par deux acteurs colombiens d’âges différents et qui vont, par deux fois, venir en aide à la femme déboussolée qu’incarne Tilda Swinton, lui sauver la vie, et peut-être même le monde avec elle.

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