Muriel Robin (Doutes) : "Ce téléfilm est le point de départ d’une nouvelle partie de ma vie"

Dans la peau d’une femme qui doute face aux accusations d’agressions sexuelles dont son mari fait l’objet, Muriel Robin impressionne. Un téléfilm qui rejoint le combat de sa vie. Doutes, à regarder sur Arte vendredi 5 novembre à 20 h 55.

Vous avez dit que Doutes était « le film de votre vie ». Pourquoi ?

MURIEL ROBIN : Si je devais présenter une carte de visite aux réalisateurs, je voudrais qu’ils le regardent pour découvrir celle que je suis aujourd’hui : quelqu’un qui me paraît très éloignée de celle qui faisait des one-man shows il y a trente ans, avec la mâchoire carrée, les épaules carrées, tout carré ! J’ai fait un gros travail pour ressembler à celle que je voulais être. Et ce téléfilm est comme le point départ d’une nouvelle partie de ma vie.

Quel est le thème de cette fiction ?

Cette fiction raconte comment une épouse va gérer la révélation d’une jeune femme venue lui annoncer que son mari l’a agressée enfant. Comment le doute va-t-il s’installer ? Qui dit vrai et qui dit faux ? Ce texte formidable est arrivé dans ma boîte aux lettres sous forme de pièce de théâtre. Comme je ne me sentais pas de le jouer tous les soirs tant il est intense, mon agent, Christopher Robba, a suggéré de le transformer en une fiction pour Arte, avec Élodie Wallace, auteure du texte en question dans le rôle de la jeune fille, et Olivier Claverie, mon meilleur ami, dans celui du mari. Conclusion : mettez des beaux textes dans les boîtes aux lettres des artistes !

Donner la réplique à une comédienne qui raconte sa propre histoire a-t-il influencé votre travail ?

On avait tous en tête que nous racontions une histoire vraie incarnée par l’actrice qui était parmi nous. Quand, dans le film, elle hurle «Je ne suis pas folle !», ça nous tordait les boyaux. Elle a dû faire un sacré voyage entre elle et le personnage.

Vous qui dénoncez les violences faites aux femmes, incarner quelqu’un qui doute, n’est-ce pas la démonstration que rien n’est aisé en la matière ?

C’est vrai. Lorsqu’un gynécologue accusé d’agressions sexuelles par soixante patientes (Bernard Henric, ndlr) se présente à la télévision au côté de sa femme pour se disculper, a-t-elle zéro doute ? Moi qui ai la sororité à fleur de peau depuis toujours, je comprends que, quand on aime son mari, c’est inimaginable. C’est un cataclysme pour tout le monde.

Où en sont vos échanges avec le gouvernement dans la lutte contre les féminicides ?

Après avoir lu un article sur l’État qui allait refermer le robinet des dépenses, je me suis directement adressée au président de la République pour savoir si on en était vraiment à 500 000 euros de plus. La réponse est un rendez-vous avec le Premier ministre la semaine prochaine, avec Anne-Cécile Mailfert de la Fondation des femmes. Ce sera le combat d’une vie et ça n’ira jamais assez vite, car les femmes continuent de mourir ! Et les enfants ! Que vont-ils devenir ? C’est à se taper la tête contre les murs.

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