On a demandé à Coppola pourquoi il a remonté la fin du « Parrain »

  • Le troisième volet du « Parrain » a été mal reçu à sa sortie en 1991.
  • Francis Ford Coppola livre un nouveau montage du film trente ans plus tard.
  • Il estime que sa fille, Sofia, qui incarne la fille de Michael Corleone, a subi des critiques injustes qui l’ont blessée.

Avec Le Parrain 3: Epilogue qui sort en vidéo chez Paramount ce mardi,
Francis Ford Coppola satisfait un rêve vieux de plus de trente ans. Le réalisateur octogénaire offre un montage légèrement différent de son œuvre. Il a surtout ajouté des scènes au début et à la fin de ce dernier épisode où on reconnaît
Al Pacino,
Andy Garcia,
Talia Shire,
Diane Keaton et la toute jeune
Sofia Coppola, fille du réalisateur.

En anglais, ce troisième volet a été rebaptisé The Godfather Coda : The Death of Michael Corleone en référence au dernier mouvement d’une pièce musicale. Francis Ford Coppola a accepté de répondre en visioconférence aux questions de 20 Minutes. Fatigué mais alerte, il a commencé par prendre des nouvelles de la situation en France, où réside Sofia avant de nous parler de son film sorti en France en 1991.

A post shared by Francis Ford Coppola (@francisfordcoppola_)

Qu’avez-vous changé dans le montage du « Parrain Epilogue » ?

Au début du film, j’ai insisté sur le deal que Michael Corleone passe avec le Vatican car je trouvais que cela n’était pas très clair dans la version originale. Il donne plusieurs millions de dollars pour acheter une compagnie qui gère des biens dans le monde entier. C’est d’autant plus drôle que, dans la réalité, cette compagnie possédait entre autre Paramount Pictures qui produit le film. Je souhaitais qu’on comprenne aussi qu’il veut sauver ses enfants du monde du crime. La nouvelle fin souligne cela et son échec pour obtenir ce qu’il souhaite le plus profondément au monde : la paix pour ceux qu’il aime.

Pourquoi ne plus vouloir du titre « Le Parrain, 3e partie » ?

Les titres des suites du Parrain ont toujours posé problème. Pour Le Parrain 2e partie, Paramount m’a fait des histoires. Ils avaient peur que les gens imaginent que c’était la deuxième moitié d’un film qu’ils avaient déjà vu. Il faut dire que c’était la première fois qu’un « numéro 2 » sortait à Hollywood. Cela paraissait dingue à l’époque, très risqué. Bien évidemment, cette idée a fait des petits depuis car les studios l’ont copiée au-delà de ce qu’on aurait pu imaginer ! C’est aussi pour cela que je voulais changer de titre pour le troisième. Je déteste me répéter et je l’ai prouvé dans ma filmographie où aucun film ne se ressemble.

Ce changement de titre vous semble vraiment si important ?

Je me disais que si je parlais de « 3e partie », cela pousserait les gens à me demander encore une suite. L’auteur Mario Puzo et moi-même souhaitions déjà baptiser le film La Mort de Michael Corleone. Paramount nous a opposé le fait que le public attendait alors un numéro 3 ! Pour moi, cette histoire de titre était devenue comme un fil qui dépasse d’un pull et qui vous obsède au point que vous ne pensez plus qu’à ça. Je viens enfin de le couper en signant cette nouvelle version.

Pourquoi ne pas avoir imposé votre idée ?

J’aurais pu le faire car j’avais le contrôle total mais le troisième Parrain est sorti à une période difficile pour moi. Ma carrière était en déclin car je venais de faire faillite. Alors j’ai cédé pour ne pas avoir l’air d’être un mauvais camarade de travail. La suite a été douloureuse car ce film est un peu le parent pauvre de la trilogie. Il s’est fait étriller par la presse. Les critiques sur le jeu de ma fille Sofia ont été particulièrement virulentes. Elle n’avait que 18 ans à l’époque et n’avait fait le film que parce qu’il avait fallu remplacer Winona Ryder au pied levé et qu’elle voulait me tirer d’affaires. Elle n’avait vraiment accepté le rôle que pour me faire plaisir. J’étais mortifié pour elle.

Comment Sofia a-t-elle réagi ?

C’était très dur pour Sofia mais j’ai toujours pensé que c’est moi que les gens cherchaient à atteindre à travers elle. Un peu comme dans le film où son personnage innocent subit des représailles dirigées vers sa famille. En tant que père, j’ai souffert avec elle surtout que je trouve les reproches qu’on lui a faits injustes : elle est très touchante dans le film. Ce n’était pas facile de jouer une jeune fille amoureuse de son cousin. Heureusement, elle s’est remise de cette épreuve. Sofia est devenue une cinéaste plus célèbre que moi. C’est elle qui a eu le dernier mot.

La trilogie du « Parrain », c’est un film de famille pour vous ?

La saga du Parrain, ce sont des films sur une famille faits par une famille ! Ma sœur Talia Shire, mon père pour la musique, ma mère qui fait une apparition et Sofia bien sûr font que je me sens très nostalgique quand je revois les films. Je peux mesurer le temps qui a passé depuis ces tournages. Ma vie personnelle et ma vie professionnelle y sont profondément entremêlées.

Source: Lire L’Article Complet