Sidney Poitier : sept films emblématiques de la première star noire de Hollywood

Entre 1950 et 1997, Sidney Poitier, dont on a appris la mort ce vendredi 7 janvier, a tourné une quarantaine de films pour le cinéma. Plusieurs des longs-métrages auxquels a participé ce militant pour les droits civiques dénoncent le racisme et l’exclusion des minorités. Elève du prestigieux Actors Studio, il a remporté un Oscar du meilleur acteur en 1964 pour Le Lys des champs, devenant le premier acteur noir à remporter ce prix. Sidney Poitier a également réalisé une dizaine de films, dont Uptown Saturday Night. Voici quelques-uns de ses rôles les plus marquants.

« Graine de violence » (1955) de Richard Brooks

De son titre original Blackboard Jungle (inspiré du roman d’Evan Hunter), le film Graine de violence raconte les relations conflictuelles au sein d’un lycée professionnel de New York, fréquenté par des élèves de différentes origines ethniques. Si Glenn Ford y interprète le rôle principal, Sidney Poitier y incarne un des étudiants. Dans ce film, jugé avant-gardiste en son temps, résonne pour la première fois une musique qui marquera l’histoire : le Rock Around the Clock de Bill Halley, acte fondateur du rock.

« La chaîne » (1958) de Stanley Kramer

Deux détenus, un blanc (Tony Curtis) et un noir (Sidney Poitier), enchaînés l’un à l’autre, profitent de l’accident de leur fourgon pour prendre la fuite. Leur cavale se déroule dans le Sud encore ségrégationniste. Les deux hommes, aussi racistes l’un que l’autre, se détestent mais réalisent rapidement qu’ils ont intérêt à coopérer. Cette collaboration va se trouver renforcée lorsqu’ils réalisent qu’avant leur arrestation, ils n’étaient que des employés de seconde zone, cibles de nombreuses humiliations. Ils deviendront amis. Ce rôle révolutionnaire vaut à Sidney Poitier sa première nomination aux Oscars.

« Paris Blues » (1961) de Martin Ritt

Dans ce film réalisé par Martin Ritt sur une bande originale signée Duke Ellington, Sidney Poitier est Eddie, un saxophoniste de jazz américain expatrié à Paris. Il se lie d’amitié avec un autre Américain fou de jazz, le tomboniste Ram (Paul Newman). Le tandem entame une romance avec deux jeunes Américaines de passage dans la capitale. Lorsque les deux jeunes femmes doivent repartir, les deux amis, pourtant très épris, vont hésiter à retourner dans leur pays avec elles. Ce film, dans lequel Louis Armstrong tient un petit rôle, examine en filigrane la différence de traitement à l’époque des Noirs en Europe et aux États-Unis, où le racisme reste alors très prégnant.

« Le Lys des champs » (1963) de Ralph Nelson

Dans ce film qui lui a valu de remporter l’Oscar du meilleur acteur, Sidney Poitier joue Homer Smith, un aventurier qui rencontre dans un quasi-désert, en Arizona, une communauté de sœurs catholiques allemandes. Ces femmes enjouées dirigées par une mère supérieure bougonne veulent construire une église pour la communauté hispanique de la région. Homer Smith va les y aider tout en leur enseignant l’anglais. Sans céder à la niaiserie, Ralph Nelson signe une comédie optimiste, dont les valeurs d’ouverture sont aux antipodes de celles de l’Amérique blanche et urbaine. « La plupart de mes films offrent chaleur et bons sentiments. Je préfère faire des films d’où les gens sortent en se disant que la vie est belle », confiait-il en 1968 au New York Times.

« Dans la chaleur de la nuit » (1967) de Norman Jewison

Dans une bourgade du Mississippi, un homme d’affaires est tué. Virgil Tibbs, un Afro-Américain (Sidney Poitier) qui attendait son train à la gare est arrêté, désigné comme coupable idéal. Celui-ci est en réalité un policier, membre de la brigade criminelle de Philadelphie. Son supérieur lui ordonne de rester sur place et de mener l’enquête avec le shérif local. Quintuple lauréat aux Oscars de 1967 (dont celui du meilleur film), ce long-métrage de Norman Jewison nous plonge dans le Sud des États-Unis. Sidney Poitier règne, superbe, sur les Blancs racistes et incompétents du coin. Ce film a donné lieu à deux suites dans lesquelles Sidney Poitier reprenait son rôle de Virgil Tibbs, Appelez-moi Monsieur Tibbs (1970) et L’Organisation (1971). En dépit de son rôle marquant dans deux films en 1967 (voir film suivant), Sidney Poitier ne sera pas nommé aux Oscars cette année-là.

« Devine qui vient dîner ? » (1967) de Stanley Kramer

Une jeune bourgeoise présente son fiancé (Sidney Poitier) à ses parents, un couple d’intellectuels qui se croient ouverts d’esprit. La rencontre est un choc. Si la mère (Katharine Hepburn) finit par accepter le choix de sa fille, le père (Spencer Tracy) directeur d’un important journal de San Francisco, est beaucoup plus réservé. Les parents du fiancé sont tout autant circonspects. Les militants de la cause noire critiquent âprement Sidney Poitier pour avoir accepté ce rôle de médecin de renommée internationale, aux antipodes des discriminations dont souffrent ses pairs. Il est désigné comme le « Nègre de service », « Fantasme de blanc ». Ses qualités irréelles de gendre idéal masquent sa négritude et les problèmes racistes, estiment-ils. « Il se trouve que je compte parmi les millions de personnes à avoir aimé ce film », rétorque-t-il dans le New York Times en 1968. « Le monde a besoin de tous les arguments possibles pour démontrer que l’homme est davantage bon que mauvais. » C’est en 1967, année de graves émeutes raciales, que la Cour suprême américaine reconnaît la légalité du mariage mixte.

« Uptown Saturday night » (1974) de Sidney Poitier

Première comédie noire à remporter un grand succès populaire aux États-Unis, Uptown Saturday night (« Un samedi soir en ville », sorti en France sous le titre original) raconte les déboires de deux compères (Sidney Poitier et Bill Cosby) qui peinent à retrouver un ticket de loto gagnant enfermé dans un portefeuille dérobé la veille du tirage dans un hold-up. Sidney Poitier – également réalisateur – excelle dans ce duo comique, première embardée du cinéma noir vers le grand public. Dans ce film, les Afro-Américains ne sont plus caricaturés, ils mènent la comédie. Après un tel succès, suivront Let’s do it again (1975) et A piece of the Action (1977). Will Smith en a acquis les droits : un remake avec Denzel Washington est programmé pour 2022.

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