"Une histoire d'amour et de désir" de la cinéaste franco-tunisienne Leyla Bouzid : l'éducation sentimentale d'un jeune de banlieue

Sortir des représentations stéréotypées en montrant des hommes fragiles, submergés par leurs émotions : avec Une histoire d’amour et de désir, en salles mercredi 1er septembre, Leyla Bouzid redistribue les liens amoureux à travers l’histoire d’Ahmed, un jeune de banlieue parisienne.

Projeté mi-juillet dans une des principales sections du Festival de Cannes, ce film est le second long métrage de la réalisatrice franco-tunisienne Leyla Bouzid, après À peine j’ouvre les yeux (2015), qui avait reçu le Prix du jury à la Mostra de Venise.

Le film traite de la rencontre d’Ahmed (Sami Outalbali, Sex Education), 18 ans, Français d’origine algérienne qui a grandi en banlieue parisienne, et Farah (Zbeida Belhajamor), une Tunisienne qui emménage à Paris pour poursuivre ses études de lettres. Mais à rebours de ce que pourrait attendre le spectateur, c’est Farah qui va libérer Ahmed des tabous autour de la sexualité dans lesquels il est enfermé.

Montrer ce qu’on ne voit jamais à l’écran

Poids des traditions et de la religion, peur du qu’en-dira-t-on dans sa cité … le film décrit, avec beaucoup de sensibilité, la mécanique implacable qui empêche Ahmed de s’émanciper et d’assumer ses désirs, conduisant inéluctablement à une forme de souffrance. “Je voulais montrer quelque chose qu’on ne voit jamais à l’écran : ces jeunes Maghrébins, ces Français, qui grandissent en banlieue et qui subissent une forme de misère sexuelle parce qu’il y a un entourage qui fait qu’ils sont très prudes”, a confié la réalisatrice Leyla Bouzid, interrogée lors du Festival de Cannes.

Comme son titre l’indique, le film convoque largement autant le désir que l’amour éprouvés par les deux jeunes, grâce notamment à l’utilisation, tout au long du film, de textes (poésies, nouvelles…) érotiques arabes datant du XIIe siècle. Si le film a été tourné en banlieue parisienne avec des personnages principalement d’origine maghrébines, la réalisatrice insiste sur la portée universelle de son film.

Une autre représentation des hommes

“Le projet du film a toujours été d’érotiser le corps masculin. Pour moi c’est quelque chose qui manque, et pas seulement dans le monde arabe. Dans le cinéma, dans les représentations, on érotise beaucoup le corps féminin, mais on ne s’intéresse pas au corps masculin”, a-t-elle encore expliqué.

Le film défend aussi une autre représentation des hommes : “Ils ne sont presque jamais représentés comme étant fragiles, timides, submergés par leurs émotions alors qu’il me semble que c’est quelque chose qui existe dans la vie en dehors de toute origine et toute identité”, a souligné Leyla Bouzid.

Ancré en partie en banlieue parisienne, le film, qui décrit un monde qui “enferme”, avec des habitants assignés à leurs origines, bien loin de l’idéal émancipateur républicain, fait, sans outrance, écho aux débats sur l’intégration et la banlieue, omniprésents dans le débat politique français.

La fiche 

Genre : Drame, Romance
Réalisatrice : Leyla Bouzid
Acteurs Sami Outalbali, Zbeida Belhajamor, Diong-Kéba Tacu
Pays : France 
Durée : 1h43
Sortie : 1er septembre 2021
Distributeur : Pyramide Films

Synopsis :

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